Europe, déficit : tous des imbéciles... sauf nous
Comme il fallait s’y attendre, les dirigeants français ont accueilli avec froideur et condescendance les appels pressants de la Commission européenne et de l’Eurogroupe (réunion des ministres des finances des pays de la zone euro) au respect par la France de l’échéance de 2010 pour le retour à l’équilibre de ses comptes publics
Une nouvelle fois, la France réclame plus de souplesse de la part de ses partenaires et un report de cette échéance à 2012.
La ministre de l’Economie, des finances et de l’emploi, Christine Lagarde, a ainsi estimé que les commentaires de l’Eurogroupe sur l’absence de véritable rigueur de la politique budgétaire de la France manquaient de réalisme, car ils étaient basés sur les prévisions que le précédent gouvernement avait adressées en avril 2007 et que la situation économique avait évolué et s’était fortement tendue depuis lors.
Quel mépris à l’encontre de nos partenaires européens !!!
Comment un ministre des Finances peut-il sous-entendre que ses homologues européens sont des imbéciles, qui ne tiennent pas compte des évolutions du contexte économique international pour formuler leurs avis ?
Il serait sans aucun doute préférable, et plus efficace, de balayer devant notre porte avant de prétendre donner des leçons d’économie aux autres.
Si le président de l’Eurogroupe (le luxembourgeois Jean-Claude Juncker), le président de la Banque Centrale Européenne (le français Jean-Claude Trichet), le Commissaire européen aux affaires économiques (l’espagnol Joaquin Almunia), mais aussi les ministres des finances allemands, néerlandais et britanniques, plaident pour une accélération du rythme de la consolidation budgétaire en France, et le respect du calendrier prévu initialement, c’est précisément parce qu’ils craignent qu’un ralentissement de la croissance économique en Europe ne rende encore plus difficile le retour à l’équilibre budgétaire.
Ils savent en effet pertinemment que tout ralentissement économique servira de prétexte à un nouveau report…
Déjà la ministre de l’Economie, des finances et de l’emploi amorce discrètement une révision à la baisse des perspectives de croissance en 2008, en évoquant un chiffre « autour de 2% », alors même que la loi de finances pour 2008 a été bâtie sur une hypothèse de croissance de 2,25% (précisément au sein d’une fourchette de 2 à 2,5%).
Nul doute que dans quelques mois, lorsque le ralentissement de l’économie mondiale aura pleinement atteint l’Europe, sous l’effet notamment de la crise des « subprimes », la France annoncera une nouvelle révision à la baisse de sa croissance, qui justifiera un nouveau creusement de ses déficits publics.
Cette politique budgétaire peu responsable conduit incontestablement à discréditer la France sur la scène européenne, alors même qu’elle s’apprête à exercer la présidence de l’Union européenne au second semestre 2008.
Prétendre vouloir relancer l’Europe, c’est aussi tenir compte des opinions de ses partenaires pour mener une politique budgétaire rigoureuse et cohérente avec celle des autres pays européens.
BETAPOLITIQUE
Ségolène Royal s'exprimait lors d'un point de presse après avoir visité, six jours après la présentation par Nicolas Sarkozy de son plan pour les banlieues, des quartiers sensibles à Vaulx-en-Velin, puis Villeurbanne.

Ségolène Royal (Reuters)
Ségolène Royal a assuré jeudi 14 février à Villeurbanne (Rhône) que le vote aux municipales serait un "vote d'espérance", face à "l'inertie" gouvernementale et aux "désillusions", et a appelé Nicolas Sarkozy à "rendre des comptes" sur la banlieue.
L'ex-candidate à la présidentielle s'exprimait lors d'un point de presse après avoir visité, six jours après la présentation par Nicolas Sarkozy de son plan pour les banlieues, des quartiers sensibles à Vaulx-en-Velin, puis Villeurbanne.
"Le vote pour les municipales est un vote d'espérance face à l'inertie du gouvernement actuel. On doit se mettre en mouvement dans ces élections municipales", a lancé la présidente de Poitou-Charentes.
"Je suis venue dans ces quartiers populaires où j'étais déjà venue lors de la campagne présidentielle pour dire aux habitants: je suis avec vous, je ne vous abandonne pas", a-t-elle poursuivi. "Je suis toujours là et nous allons agir ensemble".
"Je sais", a encore dit Ségolène Royal, "que vous avez été cruellement déçus. Je sais que vous avez attendu des annonces de ce plan banlieue pendant huit mois".
"Il y a beaucoup de désillusion. La désillusion ne doit pas se transformer en désespoir", qui "conduit à la violence", selon la responsable.
"Quand le chef de l'Etat n'assume pas ses responsabilités et ne tient pas parole par rapport à ce qu'il avait annoncé -il avait annoncé un plan Marshall, où est ce plan Marshall ?- je dis: prenons-nous tous ensemble en mains, c'est pour cela qu'il faut aller voter pour des maires socialistes, des maires de gauche", a-t-elle argumenté.
"Je souhaite que Nicolas Sarkozy puisse venir rendre des comptes sur le plan annoncé. Je lui demande de venir dans six mois. En voilà assez de cette parole politique qui n'est plus suivie d'effet", a-t-elle lancé.
Outre Jean-Jack Queyranne, président PS du conseil régional, Ségolène Royal était accompagnée d'Hélène Geoffroy, candidate PS à Vaulx-en-Velin et Jean-Paul Bret, maire PS sortant de Villeurbanne. Dans ces deux villes, elle avait réuni 50,92% des voix au second tour de l'élection présidentielle. (AFP)
D'après le Nouvel Obs
claude Guéant, le très urbain secrétaire général de l’Élysée, apprécie chaque jour davantage d’apparaître dans les médias. Dimanche 3 février, il accorde une grande interview au Parisien pour parler de tout et de rien avant de s’exprimer le soir sur Europe 1 et TV5 Monde. Le journal termine l’entretien par une question sur le fait que les conseillers s’expriment souvent et sont accusés par les socialistes d’imposer leurs analyses au chef de l’État. Réponse de Guéant : « Tous les présidents de la République ont eu des porte-parole. Pourquoi n’y en aurait-il qu’un ? Les proches du président ne sont pas les moins bien placés pour expliciter sa pensée ou commenter ses décisions. Quant au fond, le président de la République est celui qui prend les décisions. C’est lui qui décide. C’est très simple ».
Très simple en effet. Sauf que dans cette interview, on lui demande à qui il donne raison entre Jacques Attali, le nouveau sauveur de la croissance économique française, et les taxis, il répond : « Aux deux. Et je suis sérieux ». C’est un non-choix mais c’est bien une expression personnelle. Guéant mérite son surnom de « cardinal ». Le soir, à la radio et à la télévision, il s’exprime directement sur toute une série de sujets sans « expliciter » la pensée présidentielle. Ainsi sur un éventuel remaniement ministériel : « ça m’étonnerait qu’il y ait un remaniement avec les municipales ».
En clair, les conseillers élyséens ont pris goût aux médias et ils se croient désormais autorisés à s’exprimer sur tous les sujets sans même prendre la peine d’indiquer qu’ils parlent au nom du président de la République. C’est sans doute l’époque qui veut ça.
BAKCHICH
Ségolène Royal a jugé jeudi que l'initiative du président Nicolas Sarkozy de confier à partir de la rentrée prochaine à chaque enfant de CM2 la mémoire de l'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah "va dans le bon sens".
"Ce sont des initiatives qui sont déjà prises beaucoup dans des associations et dans de nombreuses écoles. Ça va dans le bon sens", a estimé l'ex-candidate socialiste à la présidentielle lors d'un déplacement en banlieue lyonnaise, à Vaulx-en-Velin et Villeurbanne (Rhône). "Non seulement ce n'est pas une mauvaise idée mais elle est déjà mise en application dans beaucoup de communes donc c'est bien", a-t-elle ajouté, jugeant qu'"il n'y a pas de raison de polémiquer la-dessus".
Mercredi soir, lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le président de la République a annoncé que tous les enfants de CM2 se verront confier à partir de la rentrée 2008 la mémoire de l'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah. Nicolas Sarkozy a expliqué que "chaque enfant de CM2 devra connaître l'existence d'un enfant mort dans la Shoah". AP
En France, le culte juif est représenté par le Consistoire Central. Cette vénérable institution allant commémorer cette année son bicentenaire, on peut penser que Nicolas Sarkozy en a entendu parler. Pourtant, en prononçant hier soir son discours devant les invités du dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), le président de la République a choisi, et cela ne peut être fortuit, de parler de religion à des laïcs, renforçant par là même la confusion qui existe entre religion juive et judéité.
Alors que les deux centres d’intérêt traditionnels du Crif sont le soutien à Israël et la lutte contre l’antisémitisme, les passages de l’allocution présidentielle consacrés à ces questions ont été relégués au second plan par la première partie du texte qui, après les discours de Latran et de Riyad, aurait pu s’intituler: "Défense et illustration de la foi et des religions".
Car Nicolas Sarkozy persiste et signe: pour lui, les deux grands fléaux du XXe siècle, qu’ont été le nazisme et le communisme, ne sont pas nés "d’un excès de Dieu, mais de sa redoutable absence".
On a échappé (pour l’instant) à la mise en cause de la philosophie des Lumières, mais de peu. Se faisant ensuite exégète à la fois de la Bible, de la Torah et du Coran, le président de la République a indiqué que dans ces textes il
"n’y a pas une ligne(…) restituée dans son contexte et dans la plénitude de sa signification, qui puisse s’accommoder des massacres commis en Europe au cours du XXe siècle au nom du totalitarisme et d’un monde sans Dieu".
Au passage, on remarquera que la phrase est curieuse, puisqu’elle prend soin de réfuter l’idée selon laquelle il aurait pu y avoir dans la Torah de quoi justifier la Shoah (?) ou le communisme, et qu’elle passe par pertes et profits la responsabilité de l’antijudaïsme chrétien dans la solution finale.
Une remise en cause de la laïcité dans sa conception actuelle
Quoi qu’il s’en défende, c’est ensuite à une véritable remise en cause de la laïcité dans sa conception actuelle que s’est livré le président de la République. Il déclare:
"Nos enfants ont le droit de rencontrer, à un moment de leur formation intellectuelle et humaine, des religieux engagés qui les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de Dieu",
Il élude ainsi l’essentiel: si cela se fait, se sera dans quel cadre, sous l’autorité et l’enseignement de qui et avec quel contenu? Et si ce n’est pas dans la famille, où cela pourra-t-il se faire, sinon à l’Ecole?
Pas le bon endroit pour parler de l'islam
Nicolas Sarkozy, ensuite, a choisi le cadre peu approprié du Crif pour parler de l’islam de France. Expliquant qu’on avait trop longtemps refusé "d’examiner les conséquences pratiques de la présence musulmane en France" (ce en quoi il a raison), il a ajouté qu’on avait ainsi:
"Laissé se développer les attitudes les plus contraires à la laïcité, comme les pratiques vestimentaires ostentatoires et les revendications identitaires".
A supposer que là soit la cause principale de la montée de l’islamisme en France, et non pas aussi la complaisance à l’égard des régimes autoritaires arabes, la relégation des jeunes des quartiers sensibles et l’échec des politiques d’intégration, ce n’est pas devant une communauté qui se définit comme telle, et qui réclame à juste titre le droit d’afficher ses propres pratiques, qu’il fallait tenir ce discours.
Pourquoi n'honorer que les enfants "français" victimes de la Shah?
Nicolas Sarkozy a ensuite parlé d’Israël, de l’antisémitisme et de la Shoah. Ami revendiqué de l’Etat hébreu, il croit un accord israélo-palestinien possible en 2008. Partisan d’une action résolue contre l’antisémitisme, il a toutefois eu un propos stupéfiant, en indiquant qu’à son avis, les colloques et recherches sur les différentes variantes idéologiques de l’antisémitisme "aboutissent parfois à le banaliser".
Les intellectuels, juifs ou non, qui ont passé les années 2000 à faire un travail sérieux et à contre-courant, pour décrire les nouvelles formes du préjugé anti-juif, apprécieront…
Enfin, et toujours sur le registre émotionnel, le président de la République a annoncé que:
"chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 (se verront) confier la mémoire d’un des 11000 enfants français victimes de la Shoah."
Problème: comme l’indique parfaitement le "Mémorial des enfants juifs déportés de France", de Serge et Beate Klarsfeld, les enfants en question, 11400 précisément, ont bien été déportés "de France", mais ils n’étaient pas tous français.
Par Jean-Yves Camus (chercheur en science politique) pour RUE 89


