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Samedi 16 février 2008

PARIS (Reuters) - Réformer l'Etat ne consiste "pas seulement à manier la hache", critique Philippe Séguin dans un entretien publié par le magazine Acteurs publics.

 

"Il y a des questions auxquelles il faut répondre: Etat, quelle administration veut-on et pour quoi faire (...) Aujourd'hui, il est difficile d'apprécier: on ne sait pas vers quoi on tend", estime le premier président de la Cour des comptes dans le numéro de mars. "Pour l'instant, en tant que consommateur de réforme, on a un peu de peine à s'y retrouver", ajoute-t-il. "Il se passe incontestablement des choses. Il s'agira ensuite de vérifier la cohérence et l'efficacité des initiatives prises". Fusionner l'ANPE et l'Unedic ou la direction générale des impôts et la comptabilité publique "ne suffit pas à faire une réforme de l'Etat", estime l'ancien ministre des Affaires sociales. "Si les administrations se retrouvent avec des effectifs dont elle ne savent que faire, l'Etat ne gagne pas en efficacité", souligne-t-il. Interrogé sur le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, Philippe Séguin estime qu'en procédant "de manière mécanique, on risque d'avoir de gros problèmes". "Dans le milieu hospitalier, par exemple, avant de supprimer les postes, il vaut mieux se pencher sur le fonctionnement des services", juge-t-il avant de critiquer également la notation des ministres prônée par Nicolas Sarkozy et François Fillon.

 

"Est-ce que ceux qui seront au-dessus de la moyenne seront assurés de conserver leur place ? Est-ce que ceux qui sont en-dessous seront forcément renvoyés ? Même s'ils représentent un allié politique dont la présence au gouvernement est indispensable ? Cela me paraît compliqué", dit-il.

 

LAURE BRETTON

 

 

 

 

 

 

par desirsdavenir17 publié dans : Qu'en pensez-vous ?
Samedi 16 février 2008

Voici les réactions à l'annonce, faite par Nicolas Sarkozy mercredi 13 février, que chaque élève de CM2 pourrait se voir "confier la mémoire" d'un enfant français victime de la Shoah à partir de la rentrée scolaire 2008.

A droite

Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et ancienne déportée : la proposition de Nicolas Sarkozy est "inimaginable, insoutenable et injuste". "On ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans". "On ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter". "Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés après la guerre à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et aujourd'hui encore, nous essayons d'épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs beaucoup d'enseignants parlent - très bien - de ces sujets".

La suggestion de Nicolas Sarkozy risque aussi d'attiser les antagonismes religieux : "Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d'incarner le souvenir d'un petit juif?" (L'Express.fr, vendredi 15 février)

Nicolas Dupont-Aignan, député souverainiste de l'Essonne, président de Debout la République : "Nicolas Sarkozy a, une fois de plus, voulu faire un 'coup médiatique' à partir d'une question grave et sérieuse. Cette instrumentalisation du devoir de mémoire et d'histoire n'est pas admissible. […] Le président de la République n'est pas dans son rôle en rendant polémique ce qui devrait faire concorde, en misant sur la division des Français là où le consensus devrait l'emporter. […] Il est inacceptable de faire peser sur des enfants de 10 ans, à qui on demanderait ainsi de se livrer à une sorte d'exercice douteux et inutile de projection morbide, les conséquences de ce nouveau gadget politico-médiatique". Le gouvernement devrait "renoncer sans tarder à cette fausse bonne idée". (Communiqué, vendredi 15 février)

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre : "Je trouve que c'est une idée étrange. Je ne crois pas que l'on puisse imposer la mémoire, que l'on puisse la décréter ou légiférer dans ce domaine".
"Je crois, par ailleurs, que la charge de la mémoire d'un enfant mort, c'est quelque chose de très lourd à porter". (Radio classique, jeudi 14 février)

Xavier Darcos, ministre de l'Education : "Il faut faire confiance aux enseignants, il ne faut pas s'enfermer dans un moment de ferveur et de tristesse". Prévenant immédiatement que "les choses ne se feront pas dans l'ostentation", il a reconnu que "l'idée est un peu normative sans doute" et a promis: "nous n'allons pas mettre un policier dans chaque classe de CM2".
Il assuré qu'il en avait "évidemment parlé avec le président de la République avant" le dîner du Crif, et qu'il ne s'agissait "pas d'une idée balancée sans moultes réflexions". "Nous nous sommes posés la question de bonne foi, en pères de famille, en éducateurs".
"La Shoah est au programme de l'école primaire de même que les questions de racisme et de xénophobie". Evoquant une "idée qu'on peut trouver bonne ou mauvaise", il a expliqué qu'il s'agissait de "créer une relation identitaire entre un enfant d'aujourd'hui et un enfant du même âge, qui, lui, a été enlevé puis gazé".
Les élèves de CM2 feront "une petite enquête sur la famille, le milieu, les circonstances dans lesquelles l'enfant a disparu". "Cette relation personnelle, affective pourra ensuite permettre de construire un travail pédagogique". (Conférence de presse, jeudi 14 février)

Dominique Paillé, secrétaire général adjoint de l'UMP et conseiller politique du président de la République : "Ce combat doit être mené dans l'intérêt de tous nos enfants, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances". "Alors que les témoins directs de la Shoah disparaissent progressivement et que le racisme et l'antisémitisme restent une menace pesante, nous devons combattre l'oubli". "Cessons de croire nos enfants toujours trop fragiles, alors qu'ils sont chaque jour exposés à une violence ordinaire virtuelle peut-être plus vicieuse que le salutaire rappel de la vérité historique". "Il faut à un certain âge, éduquer les enfants dans le rejet absolu du racisme pour le combattre le plus tôt possible et à sa source" (Communiqué, jeudi 14 février)

Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale: "Cette démarche, qui invite les enfants de France à se sentir associés à l'indispensable devoir de mémoire, honore l'idée que nous nous faisons de notre République". "L'antisémitisme et le racisme sous toutes leurs formes sont des fléaux que nous devons combattre avec virulence et, comme l'a dit Nicolas Sarkozy, cela se combat dès l'enfance". "C'est aussi dès l'enfance qu'il faut permettre la découverte de l'autre, de ses différences et cela passe par une meilleure connaissance de notre Histoire et même de nos religions" (Déclaration, jeudi 14 février)

Jean-Marie Le Pen, président du Front national : "Jean-Marie Le Pen tient à exprimer sa stupéfaction face à l'aberrante initiative du président de la République. […] Il est affreux sur le plan moral, et criminel sur le plan psychologique, d'obliger les petits enfants des écoles à se confronter ainsi, de façon personnelle, à des drames historiques, ce qui revient à leur faire endosser ces drames. […] Il n'est pas besoin d'être psychologue ou pédopsychiatre pour savoir que nombre d'enfants se sentiront coupables et en seront brisés. […] Il reste à espérer que les syndicats d'enseignants fassent revenir le président de la République sur une initiative qui offense à ce point le sens commun". (Communiqué, vendredi 15 février)

Au centre

François Bayrou, président du MoDem et ancien ministre de l'Education nationale : "C'est une annonce qui suscite beaucoup de trouble et d'inquiétude dans les familles et chez les éducateurs". "Charger un enfant de 9 à 10 ans de la mémoire personnelle, du nom et de l'histoire d'une petite victime de cette épouvantable tragédie, cela risque d'avoir des conséquences psychologiques et morales très lourdes". "On a l'impression que ces conséquences n'ont pas été envisagées, comme elles auraient dû l'être". "Il y a une question de démocratie qui se pose. Appartient-il au président de la République de sa propre volonté d'introduire ainsi, non pas seulement dans les programmes, mais dans la sensibilité des enfants, des évocations de cet ordre?" "Jamais cela ne s'est produit dans la République française et à ma connaissance dans aucun autre pays". "Après la lettre de Guy Môquet, c'est un autre mélange des genres, entre émotion et Histoire, qui pose de lourdes questions et qui doit faire naître débat sur la manière dont l'école risque d'être utilisée, même pour des fins louables". "Si l'on entre dans cette voie, on aura d'autres demandes autour de l'esclavage par exemple, autour de la colonisation et l'Histoire est hélas pleine de victimes et de tragédies". Il "est juste que les enfants en soient informés et éduqués, mais sans doute éminemment plus discutable qu'ils soient émotionnellement plongés dans ces drames". (Déclaration à l'AFP, vendredi 15 février)

A gauche

Ségolène Royal, présidente PS de la région Poitou-Charentes : "Une question aussi grave ne doit pas faire l'objet d'une annonce improvisée [...] Cette façon de faire traduit un manque de respect et une étonnante légèreté de la part du chef de l'Etat. [...] Le devoir de mémoire des crimes contre l'humanité est un impératif moral qui ne tolère aucune instrumentalisation". (Déclaration à l'AFP, vendredi 15 février)

Malek Boutih, secrétaire national du PS chargé des questions de société : "L'enjeu de la mémoire dans une période où dans le monde, comme en France, des forces réaniment les flammes de l'antisémitisme et du racisme est essentiel. […] L'initiative annoncée par le président de la République est à cet égard opportune et utile", et "elle doit maintenant se réaliser en concertation avec le monde enseignant. […] Il y a assez de sujets de désaccord et de polémique avec le président de la République pour ne pas, comme le font certains, dénoncer par pur positionnement une initiative qui peut être utile à la transmission de la mémoire aux générations futures". (Communiqué, vendredi 15 février)

Patrick Bloche, député PS du XIe arrondissement de Paris : "Ce qui me gêne, c'est que dans de nombreuses municipalités, et Paris en est le meilleur exemple, le travail de mémoire a été réalisé dans les écoles et les collèges". "Ont été apposées des plaques qui comportent à la fois le nom, le prénom mais aussi l'âge des enfants déportés notamment dans le XIe arrondissement, où vivait une importante communauté juive". Cette initiative "vient des personnes qui ont subi la persécution nazie et qui ont perdu une grande partie de leur famille dans les camps". "Lors de chaque cérémonie d'apposition, il y a eu un extraordinaire travail pédagogique sur la Shoah réalisé par les enseignants". "Compte tenu de ce qui est déjà une réalité, pourquoi soudainement, comme à chaque fois sans consultation préalable, faire de la surenchère, créer une confusion, semer le trouble, c'est l'interrogation que j'ai". "Ce travail de mémoire doit se faire dans le consensus le plus large comme cela a été fait à Paris". (Déclaration à l'AFP, vendredi 15 février)

Jean-Luc Mélenchon, sénateur socialiste : "Vraiment ce président est incroyable! Un jour, il est prédicateur, il nous fait des prêches sur Dieu, la religion et le reste. Maintenant le voilà transformé en instituteur ! C'est lui qui décide de ce qui est bon ou mauvais sur la manière de former les jeunes enfants." "Qui a demandé une chose pareille ? Personne, ni le Crif, ni aucune synagogue de ce pays n'a demandé qu'on aille faire cette démarche".

"On n'en finira plus à ce moment-là ! Combien de fois va-t-on, pour des raisons pédagogiques, prendre nos enfants et vouloir à tout prix leur infliger une cure de mémoire sur ceci, sur cela?". "On pourrait faire une liste de tous les esclaves qui ont été esclavagisés par des Français, on pourrait faire la même chose pour la Commune de Paris. Franchement, est-ce qu'on ne peut pas laisser la politique et la religion à l'écart de l'école?". "Les maîtres de l'école publique font leur travail" et "M. Sarkozy n'est pas un maître de l'école publique".

Dénonçant le concept de "radicalité de vie" développé par Nicolas Sarkozy, "n'importe quel fou de Dieu peut être mis aussi sur le plan d'une radicalité de vie. Ce n'est pas ce que nous cherchons à enseigner à nos enfants, nous essayons de leur enseigner l'équilibre, la tolérance".(Sur LCI, jeudi 14 février)

François Hollande, numéro un du Parti socialiste : Il approuve l'initiative du président de la république. "Chaque fois qu'on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire". En revanche, il critique ses propos sur la laïcité : "Il faudrait avoir une vie radicale, faire je ne sais quel vœu pour la vie terrestre pour avoir une morale supérieure à celle de l'éducateur, de l'enseignant". "Je trouve que cette comparaison, non seulement n'est pas fondée, mais est choquante".
Même s'il est "croyant", il ne doit pas oublier qu'"il est le président de la République, le chef de l'Etat, celui qui doit défendre une conception beaucoup plus large que la sienne".
"La laïcité, ce n'est pas la négation de la liberté de conscience, c'est au contraire la reconnaissance de cette liberté de conscience". (Sur France-Info, jeudi 14 février)

Le PCF : "La Shoah exige une hauteur de vue qui ne peut rentrer dans le plan de communication d'un président en difficulté. […] Nicolas Sarkozy joue à un jeu extrêmement dangereux: affaibli dans l'opinion publique il cherche à rebondir par tous les moyens, multipliant les annonces, passant d'un sujet à un autre. Ce zapping permanent n'a pas d'autre objectif que de faire oublier sa politique. […] Dernière provocation présidentielle en date, celle de confier la mémoire d'un enfant victime de la Shoah à chaque élève de CM2. […] Nicolas Sarkozy sait-il que des milliers d'enseignants, de responsables associatifs, avec le témoignage d'anciens déportés font vivre la mémoire et restituent le contexte historique de cette tragédie du 20è siècle" et "n'ont pas attendu l'invitation du Président de la République". (Communiqué, vendredi 15 février)

Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière: "Si Sarkozy montre un intérêt pour les enfants juifs victimes de la barbarie nazie c'est qu'il en escompte un bénéfice électoral, et pour moi c'est répugnant". "Sarkozy veut faire des enfants de CM2 des gardiens de la mémoire des petits juifs français, victimes du génocide commis par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale. On peut discuter du bien fondé d'une telle décision, en fonction des répercussions psychologiques que cela peut entraîner chez des enfants de 10-11 ans". Mais "si on juge que cela n'est pas un problème à ce moment-là pourquoi se limiter à ce massacre ignoble, celui des petits tziganes l'était-il moins?" "Et les enfants vietnamiens ou algériens bombardés ou napalmisés au cours des guerres coloniales et tous les enfants assassinés par l'impérialisme français mériteraient-ils moins qu'on entretienne leur souvenir?" (Déclaration à l'AFP, vendredi 15 février)

Les syndicats de l'éducation

Patrick Gonthier, secrétaire général de l'UNSA-Education : "C'est encore une fois la confusion persistante du président entre histoire et mémoire, la même qu'il y avait avec Guy Môquet". "L'histoire demande de la distance et de l'étude, et la mémoire est plus soumise à l'affectif et à l'émotionnel. Et il fait porter sur les enfants de dix ans une charge affective qui les dépasse beaucoup". (Le 22 octobre dernier, la lettre adressée à sa mère par Guy Môquet, résistant communiste de 17 ans fusillé le 22 octobre 1941 par les Allemands avait été lue dans les lycées de France. Cette décision du président Sarkozy avait auparavant soulevé une polémique au sein de l'Education nationale). (Déclaration, jeudi 14 février)

Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp-FSU (majoritaire chez les enseignants du primaire): "L'annonce du président de la République nous met mal à l'aise parce que faire que chaque élève de CM2 porte la mémoire d'un enfant de la Shoah peut entraîner des troubles psychologiques chez lui". "Il y a le risque que cet enfant ou bien s'identifie, ou bien qu'il rejette cette identification, ou encore qu'il ait un sentiment de culpabilité ou de responsabilité pour le destin d'un élève duquel il n'est aucunement responsable". "La charge émotionnelle peut avoir des conséquences négatives, surtout pour un élève en plein développement". On "n'a pas à faire peser sur un élève de 11 ans la responsabilité de ce qui s'est passé à cette époque là". "Cela peut avoir un effet contraire à l'objectif recherché: un élève peut par exemple ne prendre en considération que le côté macabre. Le président de la République ne fait pas preuve de grande prudence vis-à-vis de la psychologie des élèves de 10-11 ans". Il est regrettable qu'une "annonce faite sans aucune consultation des enseignants psychologues et les pédopsychiatres, alors que c'est un sujet sensible" (Déclaration à l'AFP, jeudi 14 février)

Le SE-Unsa, deuxième syndicat dans les écoles primaires: "Le SE-Unsa est particulièrement choqué de cette initiative du président de la République, qui ignore tout de la façon dont un jeune se construit. Faut-il que chaque enfant de 10 ans se voie désormais personnellement chargé d'un lourd parrainage posthume ?". "Si les effets éducatifs de cette démarche sont plus que sujets à caution, a-t-on réfléchi à l'impact psychologique possible sur les élèves?". Enseigner l'histoire de la Shoah est "une affaire de professionnels". "Eduquer ne saurait être qu'affaire d'émotion", déplorant que le président "vienne se situer à nouveau sur ce terrain, après l'épisode de la lettre de Guy Môquet".Le syndicat condamne en outre une "nouvelle intrusion du politique dans le pédagogique" (Communiqué, jeudi 14 février)

Les associations

SOS Racisme : "Au-delà du débat, par ailleurs légitime, sur la place de l’Histoire et de la mémoire, la charge émotionnelle que l’on demanderait à des enfants de 10 ans de porter nous paraît potentiellement extrêmement dangereuse. […] il nous semble utile que le Chef de l’Etat retire cette proposition et, à la place, mette en place de véritables réflexions sur les failles apparues dans le milieu scolaire en matière d’éducation au vivre ensemble." (Communiqué, vendredi 15 février)

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) "doute de la pertinence" du projet de Nicolas Sarkozy d'associer chaque élève de CM2 à un enfant juif mort en déportation. "L'enseignement de l'histoire de la Shoah ne saurait passer prioritairement par le recours à l'émotion. […] Profiter de l'immaturité psychologique de jeunes élèves de CM2 ne nous paraît pas judicieux si c'est l'histoire qu'on veut leur transmettre. Est-il sage, à l'âge où l'enfant construit sa personnalité, de lui demander de s'identifier à un enfant mort? […] Enfin, par cette injonction à destination du monde scolaire émanant du politique, la Licra s'inquiète de voir offerte une nouvelle occasion d'expression à ceux, élèves ou adultes, qui contestent les contenus d'enseignement relatifs à la Shoah". (Communiqué, vendredi 15 février)

Raphaël Haddad, président de l'Union des étudiants juifs de France : l'UEJF "accueille de manière réservée" la proposition de Nicolas Sarkozy. elle se dit "sensible à l'intérêt que le Président porte à la transmission de la mémoire de la Shoah" mais "craint que cette initiative ne soit contre-productive". "Ce n'est pas en s'identifiant à la victime qu'on fera reculer le racisme et l'antisémitisme d'aujourd'hui et de demain. On ne peut pas prescrire la mémoire pour prévenir l'oubli". (Communiqué, vendredi 15 février)

Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) "s'interroge fortement sur l'opportunité et la forme de la démarche annoncée" par Nicolas Sarkozy, et parle d'"une insoutenable identité nationale". Le Mrap "ressent un profond malaise face à ce qui constitue un inacceptable 'tri sélectif' des mémoires". Le président Sarkozy a parlé des "enfants français victimes de la Shoah", ce qui exclut par exemple les tziganes. "Comment expliquer à des écoliers que parmi les enfants terrorisés que l'on regroupait sur le même palier d'un immeuble pour les envoyer à la mort, il leur faudra se souvenir des seuls 'enfants français victimes de la Shoah'. Comment accepter cette préférence nationale présidentielle". Le Mrap refuse "la concurrence des mémoires". (Communiqué, vendredi 15 février)

L'association "Enfants du Monde-Droits de l'Homme" (EMDH): "Si elle était mise en œuvre, une telle proposition remettrait en cause le développement harmonieux des enfants en leur faisant porter le poids d'une histoire individuelle qu'ils n'auraient pas choisie". "L'on ne peut faire porter à un enfant de 10 ans la personnalisation d'une mort dans des circonstances telles que la Shoah sans qu'il en soit affecté, psychologiquement et humainement". "Lier aussi intimement un enfant à un pair mort, qu'il n'aura pas choisi, dont il n'aura pas connu la vie et qu'il ne pourra comprendre, si ce n'est dans la souffrance, ne peut qu'avoir des conséquences dommageables à son développement".

Elle déplore que "l'effet d'annonce prenne le pas sur le fond", "aucun projet éducatif ne peut se construire sur la mort". Il serait plus approprié de "donner aux écoles les moyens de promouvoir et défendre les droits de l'enfant, d'offrir de l'espoir et des outils de compréhension à nos enfants plutôt que de leur faire porter le poids de nos propres responsabilités" (Communiqué, jeudi 14 février)

Richard Prasquier, président du Crif : cette décision doit être vue "plutôt dans son aspect pédagogique que comme un devoir de mémoire". "La façon la plus efficace de lutter contre les comportements (antisémites) qui débutent très tôt est d'amener l'enfant à s'identifier à un autre enfant. Mais, il ne faut pas que l'enfant en retire une culpabilisation". (Déclaration à l'AFP, vendredi 15 février)

Les intellectuels

Régis Debray, philosophe : "L'idée est belle en soi", mais "déplacée car plus émotionnelle que pédagogique". "Ce ne peut pas être une obligation scolaire". "Ce que je crains surtout, c'est une escalade des mémoires communautaires". "Qui empêchera la communauté noire de réclamer une commémoration de la mémoire de l'esclavage? Puis les Arméniens, les Maghrébins?" "L'idée de la laïcité implique un devoir d'abstention de la part de la puissance publique". (France Inter, vendredi 15 février)

Jean-Pierre Azéma, historien spécialiste de l'histoire de Vichy, et membre du comité d'historiens Liberté pour l'histoire : cette initiative est "scandaleuse, à tous égards". "C'est scandaleux d'embrigader des élèves pour le culte de la mémoire des enfants juifs martyrs". "L'obligation, imposée sans la moindre concertation par le pouvoir politique en place, est insupportable et qui plus est, dangereuse et contreproductive". "Cela risque de déchaîner une concurrence victimaire, et, bien loin de réduire l'antisémitisme, de déclencher des réactions tout à fait opposées. Comme pour la loi de 1905 sur la laïcité, Sarkozy nous met la pagaille et ouvre la boîte de Pandore!" "Tout cela a été fait à la va-vite". Pour preuve, Nicolas Sarkozy "n'est même pas capable de dire la vérité historique": "les 11.000 petites victimes juives - auxquelles fait allusion le président -, nées pour la plupart de parents étrangers, n'étaient pas toutes françaises". (Déclaration à l'AFP, vendredi 15 février)

Henri Rosso, historien : "La nouvelle initiative apparaît incongrue, jetée soudain dans l'espace public comme d'autres annonces présidentielles". "Une fois encore, seule émerge du passé une mémoire mortifère, seule est digne d'être remémorée avec éclat une histoire criminelle". (Libération, vendredi 15 février)

Pascal Bruckner, écrivain : la décision du président Sarkozy "n'ajoute rien, hormis du pathos". "C'est une initiative dangereuse, qui va faire dire, une fois de plus: 'y'en a que pour les Juifs'". (Le Figaro, vendredi 15 février)

par desirsdavenir17 publié dans : Qu'en pensez-vous ?
Samedi 16 février 2008

Nous reproduisons ci-dessous un appel, publié dans Marianne, signé par dix-sept personnalités de la droite, du centre, de l'écologie et de la gauche républicaine. A situation exceptionnelle, rassemblement inédit...



 

© Baya Kanane
© Baya Kanane
Il se passe de drôles de choses dans notre République. L'actuel Président avait bien promis la rupture. Rupture il y a, mais pas seulement telle qu'elle avait été annoncée.
Un gouvernement marginalisé, dont le travail s'avère pré-mâché par les conseillers du Prince. Rupture.
Un Président qui semble déserter la fonction, parlant tour à tour comme croyant ou comme laïc. Rupture.
Un Président qui veut mettre la politique en chiffres, comme s'il s'agissait de vendre des petits pois. Rupture.
Un Président qui entend diriger ses équipes comme un manager d'hypermarché, distribuant bons et mauvais points, primes ou sanctions. Rupture.
Un Président qui reste chef de parti et dont le domaine réservé est davantage la Mairie de Neuilly que la politique de défense. Rupture.
Un Président qui prétend substituer au débat contradictoire traditionnel entre majorité et opposition la mise en scène des divergences entre ses courtisans et ses ministres. Rupture.
Un Président qui affirme devoir être heureux pour gouverner le pays. Rupture.
Un Président qui annule ses rendez vous du soir et du matin pour vivre pleinement son couple. Rupture.

La liste est longue des stupéfiantes innovations, que, volontairement ou involontairement, Nicolas Sarkozy a introduit dans la politique présidentielle. Ce nouveau cours suscite donc des inquiétudes, une anxiété même. C'est cette anxiété, qui risque bien de s'amplifier dans les semaines et les mois à venir, que traduit l'appel républicain de dix-sept hommes et femmes politiques que nous reproduisons ci-dessous. On ne doit pas se tromper sur sa signification : si des personnalités politiques de premier plan qui ont l'habitude de s'affronter sur la scène public depuis des années, prennent le risque de s'afficher au bas d'un même texte à quelques jours d'un scrutin dont le président lui a annoncé qu'il serait politique, si cet appel a recueilli la signature de plusieurs hommes et femmes politiques de la droite républicaine, c'est bien que le contexte politique créé par huit mois de sarkozysme est totalement inédit.
A lire. A méditer.
Avant d'agir ?


Pour une vigilance républicaine


Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu'ils entendent réaffirmer.

- Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.

- Leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.

- Leur attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information.

- Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXI° siècle.

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l'Histoire de la République.

Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du Général de Gaulle
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre
Ségolène Royal, ancien ministre, Présidente de la région Poitou-Charentes
François Bayrou, ancien ministre, député des Pyrénées-Atmantiques
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre
Corinne Lepage, ancien ministre
Nicolas Dupont-AIgnan, député de l'Essonne
Bertrand Delanoë, maire de Paris
Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher
Nöel Mamère, député de la Gironde
Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis
Marielle de Sarnez, conseillère de Paris
André Gérin, député du Rhône
Arnaud Montebourg, député de la Saône-et-Loire
Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Loire
Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis
Jean-Paul Bled, président des Cercles universitaires d'études et de recherches gauliennes
MARIANNE.FR
 
par desirsdavenir17 publié dans : Qu'en pensez-vous ?
 
 
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